Écho

Écho est une nouvelle écrite en 1996... elle avait, à l'époque, été “publiée” à dix exemplaires...

Les “Hétérempsyques Associés” mentionnés sur la couverture est un éditeur qui, évidemment, n'existe pas ! Le mot “Hétérempsyques”, inventé par Yann Guilbaud et moi-même, désigne les joueurs de Jeux de Rôle — ce que nous étions tous les deux à l'époque —, qui “endossent une autre [ hétéros en grec ] personnalité [ psychê ]” pendant le temps de leurs jeux...

Les illustrations sur cette pages sont libres de droit pour un usage personnel et mises sous Licence Art Libre.

Couverture
 
Page de titre

C'était il y a longtemps, une visite au musée B. Lafuse. C'était là que, m'étant réfugié pour fuir une averse printanière, j'ai entendu la route pour la première fois. Déambulant au début entre les vitrines ternes de salles étrangement désertes, j'y ai vite oublié l'heure et le temps pour ne plus vivre que de l'odeur de la cire et du rythme des craquements de parquet.

Page 1

Loin et profond dans ce dédale savant, je me suis machinalement arrêté devant un cube de verre contenant un disque d'or sur une base d'obsidienne. Brutale et ignorante, l'étiquette jetait un " Fragment inconnu " à la face du visiteur.

Le temps d'un reflet dans ce disque, éclair de conscience ou folie, je ne sais, mais le soleil chut et il fit nuit.

J'étais enfermé.

Page 2

Dehors, la tempête faisait rage. La nuit hurlait sa solitude à coups de bourrasques sur les vitres. L'éclatement de la vitrine lui fit écho, et, chargé de l'antique disque, je la rejoignis.

Parler de mon retour effréné dans les rues sombres et froides serait vain. Je ne ressentais plus que le cri de la Route.

Je voulus ma maison et elle fut, je désirai le jour et il vint.

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De la période d'adoration qui suivit, il ne reste rien les paroles s'envolent... Même à ce moment j'ignorais jusqu'où mes appels portaient et quelles prisons lointaines et éternelles ils perturbèrent, mais la deuxième nuit, sur le chant de la Route, je vins à comprendre le Disque, Esprit et Lame mortelle.

Au matin, treize âmes avaient quitté la cité.

Page 4

Effrayé, je courus dehors : la rime finale de ce chant funèbre était peut-être au Lafuse. Naïf espoir d'un équilibre ! De l'endroit où était née la plaie ne pouvait naître l'onguent, et il se passa une nouvelle nuit pleine de déceptions creuses, entre ces murs nus et ces coquilles de verre abandonnées de toute magie.

A la sortie, le regard long et insistant du gardien - comment avais-je pu y entrer et y passer la nuit ? - m'en apprit long sur mon état; mais je le négligeai. L'aube faisait miroiter treize nouvelles flaques de sang.

Page 6

Pétrifié de remords, j'errais dans la foule matinale, alors que les passants m'ignoraient. J'allais directement me rendre aux autorités, mais la terreur naquit en moi quand il m'apparut que plus personne ne me voyait : j'étais allé trop loin sur l'air de la Route.

Paniqué, je descendis dans la rue et hurlai mon savoir maudit à la face indifférente des promeneurs, sans que le moindre de mes sons ne fasse frémir leur conscience. Personne ne me vit alors à genoux supplier et invoquer mon ignorance.

Page 7

Seul et sans juges, je découvris qu'ils ne pouvaient me pardonner.

La dernière mesure approchait et je voyais l'ombre de la treize fois treizième victime s'allonger vers moi.

Avant qu'il ne fût trop tard, j'entonnai le chant de la Route à mon tour, et tout se fondit.

Page 8

Je suis là maintenant et tous ces gens qui me regardent et passent me font peur et envie. Leur attitude maussade traverse le verre et me transperce. Personne ne contredit l'écriteau qui m'insulte. Alors je crie ma colère et mon confinement. En quête d'oreilles, ma rage fredonne l'air de la Route, celle de la liberté.

Mais qui donc se soucie des spectres d'un passé ancien et oublié ?

Page 9

© Guilbaud/Jeulin - 1996
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